Héroïnes d'hier et d'aujourd'hui

Boxe : Sarah Ourahmoune, le rêve olympique à portée de gants

Aubervilliers, 14h, salle Jean Martin. Je rencontre Sarah Ourahmoune dans son club, « sa maison » comme elle l’appelle affectueusement. Il faut dire qu’elle y a mis les pieds à l’adolescence, un peu par hasard, et qu’elle ne l’a jamais vraiment quitté depuis ! « Je faisais du taekwondo mais je n’ai pas trouvé de club en arrivant à Aubervilliers, se souvient-elle. Je suis passée devant la salle de boxe, je suis entrée pour me renseigner. Saïd Bennajem, le responsable du club, m’a proposé de faire un cours d’essai de boxe éducative. Son discours était rassurant, il décrivait la boxe comme un jeu où il fallait apprendre à « toucher sans se faire toucher ». Cela m’a tout de suite plu, c’était très ludique. En commençant, je n’imaginais pas qu’un jour je monterais sur un ring. »

Un an après ses débuts, Sarah fait son premier combat. Et y prend goût. « Cela m’a permis de mettre en pratique les gestes techniques que j’apprenais à l’entraînement, précise-t-elle. La boxe, c’est comme les échecs, c’est très stratégique. J’adore surtout les sensations juste avant le combat, c’est un moment unique, à la fois stressant et enivrant. » Ses proches n’étaient pas au départ très emballés par sa nouvelle passion. Sa mère craignait les coups et les fractures, ses frères redoutaient ce milieu d’hommes. Au scepticisme à succéder la fierté au fil des victoires. La jeune femme décroche son premier titre de championne de France dans la catégorie mi mouche, c’est-à-dire moins de 48 kilos, à l’âge de 17 ans. Sept autres suivront !

« Pendant mes années lycée, je m’entraînais dès 6h du matin avant d’aller en cours, puis en fin de journée après les cours, explique-t-elle. Cela s’est compliqué en arrivant à la fac car je devais gérer mon travail d’éducatrice spécialisée, mes études et la boxe. J’ai passé un an à l’Insep en 2002-2003, c’était plus facile car j’avais tout sur place. Je m’entraînais alors avec les garçons ce qui m’a beaucoup apporté. J’ai ensuite arrêté la boxe entre 2004 et 2007 car j’avais l’impression d’en avoir fait le tour, et je n’arrivais plus à tout concilier. » Mais l’attrait du ring est plus fort : après une reprise en loisirs, elle revient vite à la compétition. Et ajoute à son palmarès trois titres de championne de l’Union européenne et un titre de championne du monde en 2008.

En parallèle, ce petit bout de femme a intégré Sciences-Po Paris, d’abord dans le cursus dédié aux sportifs de haut niveau pour obtenir un certificat de professionnalisation, puis dans le master en gestion de ressources humaines. Depuis quatre ans, elle travaille également au Boxing Beats d’Aubervilliers où elle mène des projets éducatifs et pédagogiques : aide scolaire, mise en place d’une halte-garderie pendant  que les mamans font une séance de boxe, rencontres filmées avec des salariés sur leur lieu de travail, boxe éducative avec des enfants handicapés mentaux… Tout ça avec en moyenne deux entraînements par jour, six jours sur sept !

Depuis ses débuts il y a maintenant 15 ans, la boxe féminine a considérablement évolué, mais on est encore loin de l’égalité… « A Aubervilliers, les filles ont eu le droit à un vestiaire en 2004, avant nous allions squatter celui du basket-ball, s’amuse Sarah. En équipe de France, nous sommes désormais indemnisées pour les congés sans solde que nous prenons pour les compétitions, nous avons aussi depuis peu des primes à la médaille, mais pas d’aide mensuelle comme les hommes. Je paie moi-même mon préparateur physique, et sans sponsor cela devient dur financièrement. »

Son objectif 2012 ? Les JO de Londres, bien sûr. La boxe féminine y sera présente pour la première fois. Sarah a changé de catégorie pour y participer, les mi mouches n’étant pas représentées dans cette compétition : « En moins de 48 kilos, je devais vraiment faire attention à mon poids et surveiller mon alimentation. La pesée avant chaque match est toujours stressante. En moins de 51 kilos, c’est plus facile, et cela ne change pas grand-chose sur le ring. » Les qualifications aux JO auront lieu en mai prochain aux championnats du monde. Il faudra atteindre les quarts de finale pour obtenir son ticket pour les Jeux. D’ici là, Aubervilliers organise au gymnase Guy Moquet les championnats de France féminins les 20 et 21 janvier. 800 personnes ont déjà réservé leur place. A 5 euros l’entrée, vous auriez tort de vous priver…

Reportage de BFM TV sur la boxe féminine aux JO (attention, les deux premiers noms sont inversés, Sarah c’est la première qui parle !).

Plus d’infos : http://sarah.ourahmoune.over-blog.com/

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8 réflexions au sujet de « Boxe : Sarah Ourahmoune, le rêve olympique à portée de gants »

  1. Said Bennajem

    Tu es un grand monsieur, tu fais un grand bien a la boxe…

    J aurais aime et beaucoup appris si j avais eu un entraineur comme toi, tu aimes et respectes les boxeurs ….
    et je t aurais crains 1000 fois 🙂 si je t avais eu comme adversaire sur le Ring…
    Au plaisir de se croiser
    Respect
    Brice Faradji

  2. Bonjour!
    J’ai beaucoup de respect pour cette boxeuse.
    J’aurais voulu savoir si les images que vous utilisez sont libres de droit? J’aimerais les partager sur Facebook pour une campagne de communication que j’organise en ligne!
    Merci

    1. Bonjour,
      Sarah Ourahmoune m’a autorisée à publier ces photos sur mon blog, mais je ne sais pas si elles sont libres de droit pour une autre utilisation, le mieux est de voir cela avec elle.

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